Celle qui frôlait la schizophrénie

Jean Marie est absent ce soir, ce sera donc l’occasion de rencontrer Yoann.
Whahou. Quel bonheur de reprendre un petit coup de conscience. Quel bonheur de pouvoir, en une simple séance, prendre une bonne claque et réaliser que tout n’est pas arrivé.
Ok, depuis quelques temps, quelques semaines, je vais mieux, beaucoup mieux. Je vais bien, même très bien. Mais j’ai besoin ce soir de comprendre que ce n’est pas pour autant que le travail s’arrête et que je dois me reposer sur mes lauriers.

J’assume mon coté Globuline. Je joue avec elle, je la laisse exister et trouver sa place dans le groupe.
Mais, non, Globuline n’est pas toute seule dans ce corps et dans cette tête. Il y a Stéphanie aussi.
Et Stéphanie est bien aise que Globuline prenne de la place, toute la place qu’elle veut même ! Ainsi Stéphanie peut se reposer et ne plus se battre contre ses souvenirs, et tous les sentiments qu’elle n’a finalement jamais vraiment chercher à comprendre. Elle se contentait de subir des angoisses constantes qu’elle n’a finalement jamais entièrement et totalement identifiées.
Stéphanie peut se terrer dans un coin du subconscient, et laisser tout loisir à Globuline de s’épanouir, de prendre tout contrôle de son quotidien et de ses envies.
Quel bonheur, de vraies vacances !
Globuline s’éclate, pétille, rayonne, profite et se nourrit chaque jour de cette nouvelle liberté.
Mais le Systema, ce n’est pas que le terrain de jeu de Globuline, c’est aussi le moment où Stéphanie continue à avancer, à évoluer, à s’assumer.
La présence quasi envahissante de Globuline l’arrange bien depuis quelques semaines, cela lui permet de disparaître, de faire semblant d’assumer sa « double personnalité » qui tend à s’équilibrer …

Des exercices de fluidité du corps, où Globuline se déhanche et semble danser, prenant totalement possession de ses mouvements, qu’elle trouve même beaux, et harmonieux.
Des exercices de connexion où elle partage, donne, rit, où elle sent l’énergie des partenaires.
Et celle de Yoann, qui est clairement plus fluide, plus palpable, plus forte que les autres.
Quand il entre en connexion avec mon corps, juste avec ses mains, je le sens se fondre en moi. Je sens la chaleur qu’il envoie et qui se cible avec une facilité déconcertante.
Il permet à tout mon corps de s’unifier, et de fusionner littéralement avec le sien, comme s’il était une extension de moi, des membres supplémentaires que je connais et reconnais. C’est bluffant !

Les exercices d’entrer en tension avec l’autre sont encore une fois un pur bonheur lorsque Globuline les partage avec Samuel, puis avec Clément. Comment est-il possible que je me sente si proche de ce doux personnage et de ce grand gaillard que je connais depuis si peu de temps ?
Travailler avec Clém, sa patience, son entrain et notre complicité, c’est du pur bonheur. J’adore !!! Globuline a trouvé un grand frère !

Mais lorsque certains exercices viennent toucher au plus profond de mon être, lorsqu’ils deviennent plus émotionnels et difficiles à « subir », je sens que l’autre moi, Stephanie, lutte, qu’elle supplie Globuline de garder le devant de la scène.

Exercice de gestion du coup de poing.
3 paires de poings serrés qui viennent heurter mon corps. Les épaules, le dos, le thorax, les cuisses …. Ffff Ffff Ffff, respire Steph, souffle !!! …

Un dialogue intérieur s’instaure dans mes oreilles qui bourdonnent :
– Je t’en supplie Globuline, ris, crie, saute, danse, mais ne les laisse pas m’atteindre…
– Désolée Stéphanie, mais ce que Yoann et les autres viennent toucher chez toi ne m’appartient pas !
– Non, ne m’abandonne pas, ne les laisse pas faire !
– Ok, je veux bien rire encore quelques minutes, mais s’ils continuent, tu devras affronter tes peurs toi même, ils sont là pour t’aider !
– Noooooooon !!!

La douleur qui me sort de la résonance de mes voix est intense. Un poing vient de toucher violemment mon ventre, en plein centre. Ce n’est pas mon souffle pourtant qui se coupe, c’est toute pensée, toute joie, toute liberté. Je viens de prendre en plein estomac le poids de mon illusion.
Le masque tombe, et moi avec. Je suis à terre, écroulée à genoux, je glisse en arrière sur les fesses, les genoux relevés comme une enfant tapie dans le coin d’un mur.
Yoann est derrière moi, j’ai le dos appuyé contre ses genoux, je les lui agrippe pour sentir sa présence et capter son intention. Je n’y trouve que bienveillance.
Il a frappé, Il a envoyé toute la force de son envie de me faire du bien.
Bizarrement, alors qu’il a tapé le ventre, c’est le cœur qui a pris. J’ai le plexus en feu, et pourtant, je n’ai pas mal.
Non, il ne m’a absolument pas fait mal. Il a juste tapé là où le sentiment se terre, là où il se cache, non décidé à émerger.
Bingo, depuis le ventre, je sens une chaleur remonter dans la cage thoracique. Dans le plexus, dans le ressenti, dans la carapace qui protège le cœur.
Merde.
J’étais persuadée d’avoir dépassé mes douleurs. La plupart de mes peurs. D’avoir digérer les souvenirs douloureux.
Non. Je les ai cachés, enfouis.
Comment peut-on être reconnaissant d’avoir pris un coup de poing dans le ventre ?
C’est dingue, à cette seconde précise je sais, je sens, que Yoann a réveillé consciemment ce que j’ai besoin de comprendre pour continuer à avancer.

Cercle de parole. Je suis encore interdite. Je ne comprends absolument pas tout ce qui vient de se passer. Je souris, comme une enfant qui assiste à un tour de magie. Elle sait qu’il y a un truc, elle sait qu’on lui joue un tour, elle se sent un peu abusée mais est très curieuse de savoir comment il a fait.
Mon plexus se calme. Le poing d’impact remonte. Il est maintenant dans le sternum.
Quelques minutes plus tard, je le ressens dans ma gorge.
Est-ce que c’est en train de sortir ? Est-ce que les mots vont sortir de la gorge pour me donner la clé de ce que je cherche à cacher ?

Non, malheureusement, ça coince.
Pourtant, lorsque Sacha parle, il prétend avoir compris dans les exercices le principe de connexion et de lâcher de tension, qu’il faut être présent pour mieux disparaitre, pour que l’autre perde l’équilibre.
Etre présent pour disparaitre … La vache, la phrase résonne comme un écho dans mon crane.
Disparaitre. Ce mot claque et se cogne dans mon cerveau … Ma gorge se serre …

A mon tour de parler. J’avoue alors que, même si je le savais déjà, il est évident que ma bonne humeur et mes rires, chaque mercredi, sont une façon de cacher autre chose.
Je le savais, sans me demander ce que c’était.
Mais là, il va falloir que cela sorte. Il est temps de me reprendre et de partir à la chasse à la peur.
Bon, il ne me reste plus qu’à l’identifier !

Je réalise au passage, que les stages intensifs d’été vont être forts, peut-être pénibles, mais que je vais clairement m’en servir pour travailler les fonds de poche, que je vais pouvoir tout vider, tout identifier, et tout comprendre pour mieux assumer. Je l’espère tant …

Hâte de rencontrer la nouvelle Moi, de débusquer Stéphanie la pleurniche, de l’accompagner doucement, de l’encourager gentiment … à fusionner avec Globuline la Malice, l’enfant intérieur qui s’extériorise en toute bienveillance …

J’ai hâte de devenir…

4 commentaire sur “Celle qui frôlait la schizophrénie

  1. Des mots qui touchent à l’intime. Parlent à une partie de nous et nous communiquent de l’émotion. Beaucoup de sincérité et de talent dans ton écriture . Merci pour ces instants de bonheur.

    • Merci à toi même de les accueillir et de les ressentir, nous avons trop souvent oublié que nous en sommes capables ;)
      A très bientot

  2. « Stéphanie la pleurniche….Globuline la malice » ça résonne comme Stéphanie la malice. Tu (Stéphanie) as un don: celui de transmettre des émotions, des sensations, des sentiments… la vie! Globuline « n’est que » le personnage qui ose exprimer les émotions de Stéphanie.
    Ton chemin vers le lâcher prise est en cours….
    Entre le 1er épisode et les suivants, Stéphanie prend de plus en plus de place sur Globuline.
    Une chose ne change pas: ton talent, ton don pour l’écriture.
    Je me laisse toujours emporter à travers tes lignes et fini toujours par terminer tes chroniques par WAOUH!!!!
    Continu ton rêve (« il faut vivre ses rêves…. ») et fais nous, non moi, rêver.
    Merci pour ce que tu es.

    • A mon tour … Waouh !!!
      Droit au coeur, droit à l’ame, mon rêve apprend à vivre.
      Globuline s’éclate, Stephanie se trouve, et l’équilibre est proche …

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