Celle qui se surprenait toute seule (lâcher prise part 1)

Il y a des jours comme ça, où les séances du mercredi sont si fluides, que j’ai l’impression de ne rien avoir à en dire.
Mais ai-je forcément besoin de vibrer pour avoir quelque chose à en dire ?
Ai-je vraiment besoin que ça swing un max pour avoir envie de le raconter?
Et si je me contentais d’un peu de simplicité en cherchant ce que cela m’a apporté ?

Le cours était à la hauteur des précédents.
Fluidité des mouvements, échanges avec les autres, complicité devenue habituelle.
On ne se lasse jamais de ces moments.
Je vais donc chercher à comprendre, pour une fois, ce qu’il y a à en retirer.

Exercices du jour : Chercher la tension de l’autre et s’en servir pour le déstabiliser afin qu’il perde inéluctablement l’équilibre.
En captant la tension du partenaire, et l’intention qu’il met dans son geste, on peut, en quelques secondes, l’amener à perdre l’équilibre et à se retrouver au sol.
Je me sens légère, extrêmement sûre de moi, comme si toute violence m’était étrangère, même en passant mon temps à mettre l’autre à terre, à le « laisser tomber » dans des mouvements doux, ralentis, simplement assumés.

Lorsqu’un cours est basé comme aujourd’hui sur le lâcher prise, je ressens une satisfaction immédiate. Je sens mon esprit qui se vide, je sens mon corps qui m’appartient totalement.
C’est l’apprentissage de la réappropriation de ses tensions. Il n’y a pas d’autre moyen pour réussir l’exercice que de lâcher les muscles, les épaules, le cou, le torse, la moindre pression est aussitôt ressentie par le partenaire qui s’y appuiera pour résister à la chute.
Si l’on accepte de lâcher les raideurs, de s’abandonner et d’accepter la maitrise de la situation, alors il suffit de quelques secondes pour déstabiliser le partenaire.

Je suis dans une espèce de toute puissance, une maitrise de mon corps qui prend l’ascendant sur mon « adversaire », quelque soit sa taille ou son poids.
Le coté incroyable et incompréhensible des exercices me met en confiance. Je suis sûre de moi, et surtout, de mes intentions.
Car le principal atout, la seule consigne, c’est l’intention. Et la seule chose à faire, c’est de vider son esprit. Accueillir la tension de l’autre, et la lui rendre, comme un ressort, sans force, sans lutte.

Lorsque mon esprit essaye de prendre le dessus et de calculer mes gestes, ou de vouloir analyser ce qu’il se passe, je perds la connexion avec mon corps, et par là même, avec mon binome. Mes muscles se tendent automatiquement, et l’exercice ne fonctionne pas. L’autre reste droit comme un « i », et je me tortille en me frustrant toute seule de ne « plus y arriver ».

Il en est de même dans la vie.
Imaginons une reflexion que l’on vous ferait et qui vous piquerait.
– « Chéri, tu pourrais te raser, tu piques et c’est moche ! »
– « Machin, ça ne te dérange pas si je t’appelle Machin ? »
– « Dites, je vous rappelle que vous commencez à 8h30 ! Pas à 8h32, vous êtes en retard ! Je vais en référer à la direction ! »

Ne pas répondre :
– « Je pique ? Et si on parlait de tes jambes … » Mais, « Oui, c’est vrai, mon rasoir est en grève pour la journée » avec un sourire … potentiel rire de l’agresseur.
– « Ducon, ça ne te dérange pas de que t’appelle Ducon ? » Mais « tu peux aussi m’appeler par mon prénom, qui est : … » avec un clin d’oeil … potentiel passage au rouge pivoine de l’adversaire.
– « Mais je n’ai que 2 minutes de retard ! » ou «Qu’est ce que ça peut vous foutre, t’es pas le patron ! » Mais « Oui, c’est vrai, je suis en retard, et j’éviterai aussi de finir ce soir à 20h alors que je suis sensé partir à 17h30, vous avez tout à fait raison, ça ne se reproduira plus. » … potentiel énervement de l’adversaire qui restera sans voix ou qui partira dans un monologue sans fin sur l’insubordination, que vous écouterez calmement jusqu’à ce qu’il s’épuise.

Le cercle de parole est très simple ce soir. Chacun a apprécié la séance, et semble garder égoïstement son ressenti pour lui. « Très bonne séance, merci à tous. » C’est aussi ça, le travail interne. Avoir besoin de partager quelque chose d’intense, une frustration, une question, une réflexion, ou garder pour soi le plaisir d’une séance parfaite.
Une prise de parole va pourtant résonner en chacun de nous : « Le Systema est comme une drogue pour moi. » Oui, c’est vrai.
Sincèrement, comment ne pas être accro à ce sentiment de liberté, à cet échange fluide, à cette harmonie qui s’opère entre le corps et l’esprit, et qui me rappelle que le lâcher prise peut s’opérer dans mon quotidien et me permettre de ne plus subir certaines situations dérangeantes.
Comment ne pas se féliciter de reprendre contact avec son enfant interieur, de le laisser s’assumer, de lui permettre de simplifier tout ce qui est devenu si stressant et si compliqué dans notre quotidien.
Comment ne pas accueillir ses moments simples, purs, où le regard de l’autre n’a aucun impact, aucune prise, et où l’on oublie de se juger soi même …

Une drogue, mais pas une secte ! On reprend son quotidien sans être quelqu’un d’autre pour autant !
Juste un nous, amélioré, libéré, plus instinctif, plus positif.
Ce n’est pas le Systema en lui même qui est une drogue, mais notre façon de l’accueillir et de se faire du bien.
Accro au plaisir, c’est plutôt cool ça non ?

4 commentaire sur “Celle qui se surprenait toute seule (lâcher prise part 1)

  1. Chère Globuline,

    Un double bravo pour ta rubrique, premièrement car elle est agréable et bien écrite et deuxièmement pour avoir le courage de te livrer ainsi. Personnellement je préfère prendre des coups de poings, pieds et autres clés durant toute l’année, plutôt que de me livrer à cet exercice. Donc respect !

    Pour le reste nous avons quelques points communs puisque j’ai commencé le Systema l’année dernière mais à Sèvres.
    J’ai reconnu avec plaisir « le massage russe qui fait énormément de bien…..et que tu verras plus tard tu apprécieras ». Bon plus tard c’est quand ? parce que pour le moment dur.
    J’y ai également reconnu les exercices de mobilité avec les animaux, où malheureusement le seul que je réussisse parfaitement (le crapaud exténué) ne figure pas au bestiaire.

    Au-delà de ces clins d’œil et en témoignage complémentaire je dois dire que j’ai été déstabilisé, et agréablement déstabilisé, par l’absence de technique au Systema. Après avoir pratiqué un peu d’autres arts martiaux, l’idée d’être dans l’instant, la situation et le ressenti produit un travail riche et -pour moi- complètement nouveau. Ce sera donc un plaisir de redémarrer dans quelques semaines.

    Encore bravo, et au plaisir de te lire.

    • Je suis surprise et contente que les autres « pratiquants » puissent retrouver leurs propres sensations dans mes chroniques. Que ceux qui ont besoin de verbaliser leurs ressentis arrivent à les trouver par ici, à se reconnaitre, voire à s’identifier.
      C’est un bonheur de chaque jour de vivre tout cela, et d’avoir des commentaires aussi encourageants. La connexion est bien au dela de la pratique, elle s’immisce en chacun de nous, et nous relie. Impressionnant !!! :D

      Pour le massage russe, plus d’appréhension ! Si nous nous croisons un jour au détour d’un stage, je m’occuperai de toi personnellement ! :D

  2. je viens de découvrir ton changement de cap et ta nouvelle philosophie de de vie qui se résume bien dans ce proverbe africain que j’essaie d’appliquer au mieux: « celui qui ne veut rien faire trouve toujours des excuses, celui qui veut avancer des moyens ».
    Bravo et tu peux être fière de toi

    • Merciii !!! C’est bon ça !!!
      Hate de te retrouver pour partager, encore et encore !
      Bisou

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