Celle qui n’avait plus peur du massage russe

Non, je n’ai plus peur du massage russe. Et pourtant, c’était pas gagné !

Je vous résume ce que j’entendais depuis quelques mois : « De toutes façons, tu ne te sentiras pas vraiment détendue tant que tu ne te seras pas fait marcher dessus »

Ok, bien, bien, bien.
Après l’acceptation des coups de poing et de la bienveillance que l’on doit pouvoir mettre dedans, au-delà de la gestion de la peur par une respiration tout sauf naturelle, il fallait en plus que je visualise quelqu’un me marcher dessus … pour mon bien ???
C’est c’là oui …

Pendant plusieurs longues semaines, j’avais réussi à éviter de me retrouver sous un pied. Jusqu’à l’exercice fatal qui consiste à être allongé par terre, sur la trajectoire de marche de son partenaire, et de se retrouver sur « son chemin ». J’avoue que l’exercice s’était finalement avéré plutôt ludique, et que j’avais finie littéralement morte de rire !
A quelques jours de la fin des cours de l’année scolaire, une soirée spéciale « massage russe et repas de fin d’année » avait été organisée.
Rendez-vous en fin d’après-midi à la salle d’entrainement, chacun s’installe avec un tapis de massage et un partenaire, et c’est parti ! Encore une fois, je préfère regarder, ne me sentant décidément pas très à l’aise avec l’idée …
Pendant une heure, j’ai réussi à controler ma panique et mes larmes, à chaque râle, chaque gloussement, chaque cri étouffé qui sortait de notre petit gymnase.
Jusqu’à ce que Larbi, le jeune homme fier et robuste qui recevait le massage de Jean Marie, ne se mette à crier, sortant toutes les émotions qui le traversaient en même temps que ses muscles lâchaient. J’ai traversé la cour en courant et suis sortie dans la rue, tremblante, m’appropriant ses cris comme une souffrance, comme une douleur qui me glaçait le dos.
Pourtant, après quelques minutes et quelques clopes pour me calmer, je revins vers la salle, et y trouvai un Larbi séchant ses larmes dans un large sourire, et qui me fit l’immense honneur, le grand privilège, de partager ses impressions avec moi, ses émotions, le bien être qu’il ressentait, à travers son corps qu’il sentait unifié et apaisé, et surtout à travers la libération émotionnelle de ses tensions. Cette libération lui avait permis de faire remonter de vieilles images, de vieux sentiments pénibles, et il venait de faire la paix avec son passé, la paix avec lui même, et il pouvait maintenant se pardonner.
C’était magnifique, intense et sublime. Mais je restais pétrifiée par la certitude que je n’aurais jamais cette force.
Jusqu’au stage du Vercors, j’avais soigneusement réussi à éviter de me retrouver face au mur.
Dans notre esprit, se faire masser avec les pieds n’est pas habituel. Pas plus que de se faire « marcher dessus » qui n’est autre qu’une expression qui signifie faiblesse et humiliation.
L’idée d’avoir le poids d’un corps sur nos petits muscles tendus est tout ce qu’il y a de plus angoissant. Et c’est un fait, ça fait flipper !!!

Pourtant, comme toute idée reçue, comme toute fausse croyance, comme toute peur injustifiée de l’inconnu, il suffit d’oser le faire pour que tout vole en éclat en très peu de temps.

Oui, la premiere fois fait peur.
Oui, la premiere fois fait mal
Oui, la premiere fois est une expérience qui pourrait être traumatisante, puisqu’elle réveille bien plus de choses que ce que l’on pourrait imaginer, concrètement.

Mais comme toute premiere fois, au-delà de la fierté d’avoir osé, d’avoir surmonté sa peur, il y a la satisfaction réelle de ce qui en découle, le bien-être concret que cela apporte.

Comme après toute première fois, viennent ensuite les suivantes, qui transforment la première expérience en un souvenir léger et anecdotique.

J’ai eu la chance d’avoir « ma première experience», avec une femme, la douce et bienveillante Yolaine.
Mon amie avait bien vu ma panique à chaque fois que la simple idée de ce massage était évoquée, et elle m’avait promis de « s’occuper de moi ».
Armée de sa patience, de son assurance, et de son envie de me faire du bien, elle ne m’a pas pour autant ménagée. Elle a procédé doucement et méthodiquement à l’exécution du massage, et a surveillé patiemment et alertement chacune de mes réactions pour m’accompagner, me rassurer lorsque l’expérience avançait et qu’elle opérait sur mes émotions.

Oui, j’ai laissé monter la pression.
Oui, j’ai laissé monter les larmes.
Oui, j’ai craqué et j’ai accepté de ressentir, d’admettre que les tensions de mon corps correspondaient à celles de mon quotidien, à une matérialisation physique de mon état émotionnel. Que mes peurs, mes soucis, mes contraintes, se ressentaient dans le moindre de mes muscles.
Mon corps était devenu l’éponge de ce que je refoulais. Il était l’armure dans laquelle j’avais enfermé mes douleurs morales, en les transformant, inconsciemment, en douleur physique.
Dans le massage russe, mes tensions émotionnelles sont entrées en résonance avec mes tensions corporelles. Le vase a cassé, l’épée est tombée, la boite s’est ouverte.
J’étais libérée.

Lorsqu’on admet cela, lorsqu’on lâche prise, lorsqu’on respire et on se détend, on peut, grâce la confiance en l’autre, accueillir les bienfaits du massage russe. Et chaque jour, massage après massage, réapprendre à respecter son corps, lui infliger moins de souffrance, le laisser se détendre et accepter d’être massé pour son bien.

Le corps se détend, les émotions sortent, et c’est un bien-être profond, une harmonie palpable entre le corps et l’esprit qui conclut l’heure de massage.

Non, je n’ai plus peur des massages russes.
Oui, j’accepte aujourd’hui de dire qu’ils sont bénéfiques, et que c’est à tort que je m’en étais privée jusque là.

Un commentaire sur “Celle qui n’avait plus peur du massage russe

  1. Merci beaucoup pour votre feedback! Je viens de découvrir ce massage sur le net. Et il me parle beaucoup. Je n’ai jamais testé, mais j’ai bien envie de tester et de me former. Il a l’air à la fois super puissant, (émotionnellement parlant et j’adore l’idée!) et super respectueux. Très curieux de découvrir ce massage! Cordialement.

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