Celle qui monopolisait le cercle de parole

Chez Global Systema, on ne coupe pas au cercle final de fin de cours.
C’est un sas de décompression qui permet à chacun de dire quelques mots sur son ressenti de la séance. Qu’elle ait été globalement bonne, ou qu’un petit détail nous taraude, nous pouvons l’exprimer et le partager.
« Rien à dire, bonne séance » ou « Je n’ai pas aimé sentir que je cherchais à garder le contrôle et que je n’arrivais pas à me détendre. Ca en dit long sur les tensions que j’accumule et que je n’arrive pas à lâcher». Des « J’ai adoré les exercices avec les animaux ! Je me suis senti libre, libre de m’éclater ! », des « Journée de merde. Merci à tous de m’avoir aider à évacuer ! »
Autant de phrases, de ressentis, d’émotions et de réflexions que chacun exprime, sans peur du jugement, puisque c’est bien dans la continuité du cours.
Cela permet surtout à ceux qui auraient mal vécu un passage, qui se sentiraient mal à l’aise avec un exercice ou une émotion qui aurait traversé leur esprit, de l’évacuer avant de quitter le cours, et de ne surtout pas repartir avec, et la ruminer en regrettant de ne pas l’avoir exprimée.

Cette semaine, j’étais en cours.
Cela faisait un bon mois que je n’avais pas revu mes camarades de jeu.
Non pas que je n’ai pas envie de les voir, bien au contraire.
Pour tout vous dire, j’avoue même qu’ils me manquaient.
Je me suis habituée à leurs bouilles, leurs sourires, leurs accolades, et cette nourriture là me manque énormément.
Mais le Systema, depuis que je l’ai goutté en intensif, m’apporte tellement plus à haute dose pendant 5 jours consécutifs que lors d’une séance d’une heure et demie !
Depuis quelques temps, je sens bien que les cours ne me donnent plus entière satisfaction.
J’aime le partage, l’échange, certains exercices. Mais c’est assez frustrant de n’en profiter qu’une heure 30, d’entendre 3 mots s’échanger en fin de cours, et de repartir avec une impression de « C’est tout ??? ». Je n’arrive plus à me contenter de quelques paroles contre des exercices physiques qui m’ennuient.
Je sais bien que moins j’y vais, moins mon corps s’entraîne, et plus il subit les exercices plutôt que de s’y habituer. Je sais bien que mon excuse est ridicule et que le sport, tel que je l’imaginais, a été désacralisé et banalisé depuis ma découverte de cette discipline.
Pourtant, mes fausses croyances persistent, et mon esprit revêche et rebelle continue à faire de la résistance, par principe. Mais je sais aussi ce qui frustre mon esprit.

Pendant les intensifs, nous nous côtoyons toute la journée. Nous vivons ensemble, nous apprenons à nous connaître quasiment à chaque minute. Les visages s’ouvrent, les sourires se délient, tout autant que les langues.
Car une des choses que je préfère dans les stages, au-delà du contact humain qui est clairement devenu une drogue, c’est le fameux cercle de parole de fin de séance.
Chaque jour, les mots évoluent, les langues se délient, les cœurs s’ouvrent.
Le premier jour, c’est hésitant et timide.
Le deuxième jour, c’est plus ouvert et moins hésitant.
Le troisième jour, on cherche quelques mots d’humour et on commence à parler d’émotion.
Le quatrième jour, le temps de parole s’allonge, et on ouvre son cœur.
Le dernier jour, le dernier cercle est celui du bilan où l’on assume totalement tout ce qu’on a envie de partager. Chacun fait le point sur ce qu’il était venu chercher et partage ce qu’il a finalement trouvé. Il y a ceux qui sont en harmonie avec leur recherche, et ceux qui se sont découverts, qui ont arrêté de se mentir, et qui l’avouent sans gène ni pudeur.
C’est le cercle des larmes. Beaucoup lâchent leurs émotions et la connexion du groupe est telle, que chacun le reçoit et le ressent en même temps que celui qui parle.
Le cercle est long, les mots sont touchants, les émotions sont palpables.
Autant vous dire que je me laisse aller et que je pleure beaucoup !
A chaque stage, je me dis que cette fois ci, je vais écouter religieusement ! Et à chaque stage, j’arrive rarement à dépasser le 4ème intervenant sans sentir l’émotion se nouer dans ma gorge.

Cette semaine, j’avais plein de choses à dire. J’ai craché les mots comme un torrent. Je voulais leur dire qu’ils me manquaient, je voulais m’excuser de moins venir, je voulais leur dire pourquoi, je voulais expliquer la différence que je ressens entre les cours et les stages, je voulais partager mes sentiments et leur donner un peu de moi.
Les mots sortaient sans difficulté. Je ne les maitrisais absolument pas et mon cœur parlait à ma place. Il parlait … trop !
Je crois que j’en ai surpris plus d’un. Enfin, excepté ceux qui ont partagé des stages avec moi et qui comprenaient très bien. Mais le bonheur, c’est aussi de ne pas se sentir jugée par ceux qui ne faisaient que m’écouter, et qui s’amusaient de mon débit de paroles en se demandant gentiment s’ils allaient pouvoir finir par rentrer chez eux !

Oui, mon cœur avait besoin d’exploser, et il l’a fait !
J’ai mal au dos parce que je sais que j’y concentre toutes mes tensions. Oui, je suis contente de les voir parce qu’ils me manquent. Oui, j’hésitais, encore une fois, à venir, mais dès que la porte du gymnase est poussée, je sens que de les voir me remplit de joie. Oui, je suis désolée de ne pas arriver à me contenter des cours, de ne pas me contenter des quelques mots échangés en fin de cours.
Il y a quelques mois, j’ai eu besoin de venir chaque semaine pour retrouver une place dans un groupe, pour apprendre à ne plus avoir peur des autres, pour réapprendre à leur faire confiance, à me faire confiance. Mais aujourd’hui, je comprends enfin pourquoi je freine tant, et pourquoi je n’ai plus qu’une moitié de plaisir à l’idée d’aller pratiquer chaque semaine.

J’ai eu besoin du Systema pour me redécouvrir, accepter mon corps, et l’extraire de tout jugement.
J’ai eu besoin du Systema pour comprendre que le sport n’était pas une torture mais un moyen d’échange et de partage insoupçonné.
Mais aujourd’hui, la dose intense que me procurent les stages, me donne une impression de frustration et je ne trouve plus dans les cours qu’une séance de sport. Que je déteste toujours autant, soit dit en passant !
Je ne suis pas faite pour le sport. Et je ne peux pas choisir les exercices proposés.
J’aime le travail interne, les connexions, les marches à l’aveugle. Tous les exercices qui permettent d’être en contact direct avec l’autre.
Mais je n’aime pas les exercices physiques, ceux qui m’essoufflent et me tirent sur les muscles.

Alors l’enfant intérieur s’exprime. Je trouve mille excuses pour ne pas y aller. Ce qui est très étrange, c’est que mon corps aussi me permet souvent de ne pas y aller. La force du psychique crée des troubles psychosomatiques impressionnants !
Je me suis cognée le pied et peux à peine marcher … justement le mardi soir, veille du cours !
J’ai une crise allergique et peux à peine respirer … le mercredi matin !
Le kiné me conseille de rester tranquille pendant quelques jours … le lundi matin !
Et pourtant, tout cela est authentiquement vécu par mon cœur, preuves médicales lues et approuvées par des médecins compétents !

Puis, il y a les jours où le besoin de mon groupe est trop fort, où mon corps se tait.

Bonnes fêtes à mes gars et mes copines de jeu, à l’année prochaine. Je vous adore !!!

Un commentaire sur “Celle qui monopolisait le cercle de parole

  1. Bonjour,

    Tous mes voeux de bonnes années et le meilleur dans ta recherche du systema.
    Très jolie chronique et à lire ton dernier épisode.

    Si tu juges que ton entraînement est trop court, tu peux aller chez Helly Khosrow, pionnier du systema en France.

    Il fait des entraînement basé sur l’interne et leur durée est de 4 h, par contre c’est en journée. Le Mardi et le Vendredi de 10h à 14h.

    26 Rue Buffaut, Paris

    Plus d’information sur https://www.artmartialrusse.com/article.php3?id_article=4

    Bonne continuation

    JD

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