Celle qui était sans voix

Réveil aphone. Impossible de sortir autre chose qu’un souffle de ma bouche. Un signe ? Oui, sûrement. Une manifestation physique de l’évidence : Il n’y a pas de mot pour décrire l’état dans lequel je suis ce matin, et surtout, il ne faut pas chercher à comprendre, ni à verbaliser. Non mais petit inconscient joli, tu me connais si mal que ça ??? Ote moi la parole si tu veux, ça ne m’empêchera pas d’écrire ! Bien au contraire, tu donnes de l’eau à mon moulin, tu me donnes encore plus envie d’essayer de verbaliser et de coucher le trop plein de tout ce que j’ai vécu.
Allez, tiens, écoute bien !

Il pleut. Encore un clin d’oeil a toutes ses matinées grises et déprimantes. Une humidité latente telle, que les gouttes n’avaient pas besoin de se donner la peine de tomber pour nous mouiller. Tout était humide. Nos fringues, la paille, l’herbe …
Malgré le déprimant environnement, qui rendait pourtant cet endroit si spécial et si atypique, sans café ni cigarette, nous partions marcher les uns avec les autres pour se réveiller doucement, ensemble, unique, unis, comme un groupe.
Un oeil collé, une bouche pâteuse, un sourire timide, un bâillement irrépressible … Des bougons, des grognons, des somnolents et des plus vifs … Tous égaux dans notre sexytude matinale et différents dans nos états de réveil.
Drôle, très drôle, en y repensant.

Des marches respiratoires, le réveil du corps en douceur.
Des connexions, les uns aux autres, qui consistent à poser la main sur l’épaule de quelqu’un, par exemple, à fermer les yeux et à se laisser guider. Normalement, cet exercice n’est pas agréable. Car privé de la vue, en contact avec un corps que l’on ne connaît pas, il y a toujours une petite angoisse de la chute, ou que l’autre se joue un peu de vous et vous complique le chemin. Va-t-il me faire tomber, me faire courir, chercher à accélérer pour que je le « perde » ? Non, bien sûr que non, car l’un des principes de base de ce stage, et du Systema, c’est la bienveillance.
Au contraire, on essaye de se connecter à l’autre. Ce mot est bien vaste, et pas très clair finalement.
En fait, c’est un contact. Un lien. L’autre sent la chaleur de votre main, de votre présence, et en fait une extension de lui même. Ainsi, il peut instinctivement guider cette nouvelle excroissance.
Excroissance. Pas très sexy comme terme. Et pourtant, le mot est assez approprié. Une protubérance qui n’est pas sensée faire partie de notre corps, mais que l’on doit adopter et accepter si elle n’est pas malveillante ou handicapante, et enlever si elle l’est.
C’est là que l’on découvre un deuxième principe de base du Systema : L’accueil.
On balade donc son excroissance, doucement, gentiment. Quelquefois, on la teste, on accélère un peu, on recule. Poussés par les rires et les respirations des autres que l’on entend fatalement derrière nos yeux fermés, nous nous réveillons en douceur, en malice, et surtout, en cœur.
Quelle formidable expression, tellement adaptée au Systema.
Faire les choses en cœur …
Elles sont faites en groupe, donc en cœur, et avec bienveillance et partage, donc avec le cœur, et en connexion directe avec l’autre, donc avec son cœur.
Oui, c’est une certaine intrusion dans le monde des Bisounours.
Ca paraît risible comme ça, mais je vais essayer de vous montrer qu’il ne s’agit pas d’un monde, mais d’un état. Malgré les résistances, les pertes d’envie, la mauvaise volonté, que l’on a tous rencontrer au moins une fois pendant le séjour, la liberté que l’on se découvre, et que l’on assume, rend l’expérience très forte.

Nous recherchons tous cette liberté de l’instant. Nous sommes tous enfermés dans quelque chose. Mais là, parce qu’il n’y a aucune résistance, et surtout aucun appui de notre monde quotidien, nous pouvons être nous-mêmes et nous assumer dans une totale liberté qui rendent les choses fluides et évidentes.
Nous avons aussi tous ressenti le besoin de se demander comment réussir à le reproduire dans ce fameux quotidien si castrateur. Et pourtant, nous sommes tous repartis avec une petite graine de cette nouvelle liberté qui rendra les choses plus faciles, plus évidentes, et moins pénibles à l’avenir.

Un commentaire sur “Celle qui était sans voix

  1. Nous avons aussi tous ressenti le besoin de se demander comment réussir à le reproduire dans ce fameux quotidien si castrateur …
    Pas besoin de chercher comment réussir …C’est là … Et seule  » ça » sait … et çà nous emmène sur un chemin si incertain si fantasque si  » anormal  » qu’il convient juste de SUIVRE aveuglément … Tout lâcher de la comprenette, de l’analysette, de ces victoires qui ne mènent qu’à accepter de tout perdre !

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